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Sous-partie aménagements et grands travaux

Le barrage,
l'ouvrage essentiel

Saviez-vous que le Mont Saint-Michel a failli être définitivement relié au continent ? Pour conjurer cette menace, un ouvrage unique a été construit sur le Couesnon. Plongez dans les coulisses du barrage qui veille, marée après marée, sur le caractère maritime du site.

Préserver l’esprit du lieu

Pourquoi un nouveau barrage ?

Depuis le XIXè siècle, la poldérisation des terres agricoles — l’assèchement de marais littoraux pour en faire des terres cultivables — la canalisation du Couesnon puis la construction d’un ancien barrage "porte à flot” ont profondément réduit les mouvements hydrauliques autour du rocher. En 1969, un premier barrage “porte à flot” est en effet aménagé sur le fleuve pour stopper les inondations liées aux fortes marées — mais au prix d’un impact conséquent : en bloquant le remplissage du Couesnon, il supprime l’effet naturel de chasse du fleuve à marée descendante et entrave le fonctionnement naturel de l’estuaire du fleuve ainsi que la libre circulation des poissons.

Marée après marée, les sédiments s’accumulent sans que le fleuve ne puisse les repousser. Dès que leur hauteur dépasse 4,50 mètres, les herbus s’y installent : ces plantes colonisent alors les dépôts, retiennent davantage de sable et progressent inexorablement vers le rocher. Sans intervention, le Mont aurait été irrémédiablement relié au continent d’ici quarante ans. C’est dans ce contexte d’urgence que l’opération de rétablissement du caractère maritime est lancée en 1995.

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Les chiffres clés

78 m

Largeur hydraulique du barrage

Sa largeur est divisée en 2 écluses à poissons de 3 m chacune et 8 passes de 9 m, chacune dotée d’une vanne-secteur qui s’ouvre et se ferme au rythme des marées pour orchestrer les lâchers d’eau.

1,2 M m³
Volume d’eau stockable

À chaque cycle, le barrage retient jusqu’à l’équivalent de 680 piscines olympiques avant de la libérer progressivement vers le large.

4 temps

Cycle de fonctionnement

Décantation, remplissage, stockage, lâcher d’eau : le barrage orchestre un ballet hydraulique précis, rythmé par les marées, pour repousser les sédiments loin du rocher.

52,4 km²

Superficie surveillée

Deux fois par an, un laser aéroporté cartographie l’ensemble de la petite baie pour mesurer l’évolution des fonds et ajuster le fonctionnement du barrage.

2009

Année de mise en service

Mis en exploitation industrielle le 18 mai 2009, le barrage du Couesnon est le premier et le principal ouvrage du rétablissement du caractère maritime du Mont-Saint-Michel.

Mode de fonctionnement

Un ouvrage hydraulique réversible

Contrairement à son prédécesseur, le nouveau barrage sur le Couesnon est un ouvrage réversible : il s’ouvre pour laisser la mer remonter le fleuve, puis produit des lâchers d’eau contrôlés à marée descendante. Mis en service le 18 mai 2009, il se déploie sur une largeur hydraulique de 78 mètres, découpée en 8 passes équipées chacune d’une vanne-secteur qui s’actionne au rythme des marées ainsi que 2 passes à poissons.

À chaque cycle de marée, le barrage est capable de stocker jusqu’à 1 200 000 m³ d’eau — mélange d’eau douce provenant naturellement du Couesnon et d’eau de mer en fonction des coefficients de marées. Ce volume, libéré progressivement six heures après la pleine mer, redonne au fleuve la force nécessaire pour chasser les sédiments vers le large et restituer au Mont, marée après marée, son paysage de grèves.

Le cycle des marées

Moteur du Rétablissement du Caractère Maritime

À chaque marée, en fonction des coefficients et des débits naturels du fleuve, le barrage orchestre un cycle en quatre temps. Une heure trente avant la pleine mer, les vannes se ferment : les sédiments se déposent en aval dans une phase de décantation. Dix minutes avant la pleine mer, les vannes s’ouvrent partiellement : la marée s’écoule par-dessus leur bord supérieur, laissant les sédiments se déposer au fond et ne laissant s’introduire dans le Couesnon que l’eau la plus claire. Les vannes se referment ensuite, stockant jusqu’à 1 200 000 m³ d’eau selon les débits du fleuve et les coefficients de marée.

Six heures après la pleine mer, le lâcher débute : une ouverture progressive par le dessous des vannes libère l’eau pendant 30 minutes à 3 heures 30, à un débit maximal de 100 m3/s. Ce dernier engendre des vitesses d’écoulement d’environ 1 m/s — seuil nécessaire pour remettre les sédiments en suspension et les emporter au large du Mont.

Prochaines marées

Un lieu à expérimenter

Un ouvrage d’art et d’ingénierie au service du Mont

Au-delà de sa fonction hydraulique, le barrage s’inscrit pleinement dans le parcours d’approche du Mont Saint-Michel comme un ouvrage d’art et un espace d’accueil. De forme concave, ses piles érigées telles des proues de bateau, portent un pont-promenade. Les visiteurs y observent le mécanisme des vannes, dont le dessin s’inspire des instruments de marine et astronomiques.

En contrebas, le balcon maritime et ses gradins offrent une contemplation unique face au Mont et à la baie. Sur le garde-corps, le pupitre des lettres en bronze rassemble quatre alphabets : latin, grec, hébreu et arabe. Un symbole de l’entrelacement des civilisations, accompagné d’un extrait d’un manuscrit du Mont du XIIe siècle dédié à l’astronomie et de coquillages de la Baie rappelant les pèlerinages millénaires.

Événements sur le barrage

Surveiller et adapter

La science au service de la baie

Rétablir le caractère maritime du Mont exige une vigilance continue. Depuis 1997, suite à la modélisation physique de la petite baie par le Laboratoire SOGREAH, le comportement des fonds et les évolutions sédimentaires de la baie sont sans cesse observés, étudiés et analysés

Cette surveillance s’exerce notamment depuis les airs et depuis l’abbaye elle-même : un laser aéroporté cartographie la petite baie deux fois par an, tandis qu’un laser terrestre installé dans la flèche de l’abbaye mesure chaque trimestre l’évolution des fonds sur 1 km de rayon autour du Mont. Le Comité scientifique de Suivi Hydrosédimentaire en Environnemental, créé en juillet 2007, réunit 2 à 3 fois par an des experts internationaux pour interpréter ces données et affiner le pilotage du barrage.

Informations pratiques

Accès : le barrage sur le Couesnon est accessible à pied ou en navette depuis le parc de stationnement, sur le parcours d’approche du Mont Saint-Michel.

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